Jean Panhard

C'est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de Jean Panhard survenue le 16 juillet 2014.

C'est une grande figure de l'industrie automobile française qui vient de disparaître, et aussi un ami de l'automobile ancienne, comme en témoigne l'activité qu'il a déployée dans ce domaine au cours de ces trente dernières années (notamment en participant activement au sauvetage de la collection Schlumpf, et via la création de l'AMAF et de la Fédération des Clubs Panhard & Levassor).

 Vous trouverez ci dessous (et ci-joint) une note écrite par Bernard Vermeylen qui retrace les principales étapes de sa vie.
 
Le Bureau

 

DECES DE M. JEAN PANHARD

Avec la disparition de Jean Panhard, décédé ce mercredi 16 juillet, à l’âge de 101 ans, une page importante de l’histoire automobile se tourne : il en a été en effet, non seulement le témoin privilégié, mais aussi l’acteur !

 

Fils aîné de Paul Panhard et de Louise Bonnel, Jean Panhard est né à Paris le 12 juin 1913. Au cours des années vingt, il poursuit brillamment ses études, résultat d’un travail acharné, mais vit aussi de l’intérieur les péripéties du monde de l’automobile ! Ainsi, il rencontre tous ceux qui comptent dans ce milieu. Son père Paul assure en effet la direction journalière de la société Panhard & Levassor, alors confrontée à de nombreuses difficultés. Elle construit des véhicules de qualité, mais qui par leur prix élevé ne s’adressent qu’à une clientèle relativement fortunée. Le bureau d’études travaille beaucoup et l’usine se disperse dans les secteurs des poids-lourds, des véhicules militaires, des gazogènes, des machines à bois…

 

Après une solide formation à Polytechnique (promotion 1933), il effectue son service militaire à l’Ecole d’application de l’artillerie à Fontainebleau. Ces années d’études et les nombreuses relations de son père permettent à Jean Panhard de tisser des liens d’amitié et de faire la connaissance de beaucoup de gens actifs dans le monde de l’industrie et des affaires. Le 18 novembre 1937, il entre au service de  la Société, dont la situation est tout sauf florissante. Puis, c’est la guerre. Jean Panhard organise le repli des matériels vers Tarbes et fait de fréquentes navettes entre Paris et Tarbes, où l’usine fabrique notamment des gazogènes. Sous  son impulsion, le bureau d’études pense à l’après-guerre et s’attelle à un projet de voiture économique. Celui-ci, influencé par le prototype « AF-G » (Aluminium Français – Grégoire), débouche en 1946 sur la naissance de la Dyna à moteur bicylindre, à la base de toute la production automobile chez Panhard jusqu’en 1967. Le développement de la production des Dyna aux côtés des camions à moteur Diesel 4HL permet à nouveau de faire tourner l’usine. Puis arrive l’ingénieuse Dyna 54, saluée par l’ensemble de la presse automobile pour son audace technique. Mais l’étude de ce modèle et l’usage massif d’aluminium ont grevé la situation financière de la société qui la contraigne à signer en 1955 un accord avec Citroën aboutissant dix ans plus tard à une fusion des deux marques. Face au constructeur de Javel, Jean Panhard a pendant toutes ces années bataillé comme il a pu, obtenant de prolonger la vie de la Dyna, devenue PL 17 en 1959, puis d’étudier un nouveau modèle, la 24, dont la carrosserie, d’une étonnante modernité, fait l’admiration de tous. Hélas, à la fin de l’été 1967, il doit se résoudre à voir la dernière voiture de tourisme de la marque quitter les chaînes. Profondément affecté, il est malgré tout heureux d’avoir pu sauver le personnel de l’usine. Il s’attache alors à développer le département militaire via la S.C.M.P.L. (Société de constructions mécaniques Panhard & Levassor) dont il est président-directeur général jusqu’en 1982.

 

Il occupe aussi plusieurs postes importants depuis la même époque : président du Comité d’Organisation du Salon de l’Automobile, du Cycle et du Motocycle (1967-1978), président du Salon de l’Automobile (jusqu’en 1988), président de la Chambre syndicale des constructeurs d’automobiles (1979-1982), président de la Chambre régionale de Commerce et d’Industrie de Paris (1974-1980), sans oublier les fonctions exercées auprès des Chambres de commerce et d’industrie, en France puis au niveau européen ou au Conseil Exécutif du Conseil National du Patronat français, dans les années 70 et 80. A la base de la création du Salon Equip’Auto, en 1975, il est aussi Président de l’Automobile Club de France (ACF) de 1977 à 1989 et occupe le poste de vice-président de la Fédération Internationale de l’Automobile (FIA) ! Au cours des années soixante-dix, il s’intéresse au patrimoine automobile et œuvre au sauvetage de la collection de véhicules réunie par les frères Schlumpf et se trouve donc à la base de la création du Musée National de l’Automobile, dont la renommée est aujourd’hui mondiale. Cette activité l’amène aussi à créer en 1986 l’Association des Musées Automobiles de France (AMAF), puis à susciter en 1987  la création d’une Fédération des Clubs Panhard & Levassor.

 

Défenseur infatigable au service de la marque et de la cause automobile, Jean Panhard était pourtant resté abordable et d’une extrême gentillesse, comme peuvent en témoigner tous ceux qui l’ont côtoyé. Au nom de la Fédération des Clubs Panhard et Levassor, et au-delà, de tous les Panhardistes, je tiens à vous remercier, Monsieur Jean Panhard, pour tout ce que vous avez accompli, et à présenter à Madame Panhard et à vos proches nos condoléances sincères et attristées.

Bernard Vermeylen